| Face à Antonio Banderas et Catherine Zeta-Jones, garants de La Légende de Zorro, de Martin Campbell, Gad essaie de faire tomber un autre masque: celui de la promo «à l’armoricaine». Par Gad Elmaleh |
Gad Elmaleh : C’est ma première interview. En fait, je suis comédien. Mais pour vous dire la vérité, Première m’a dit que si je vous interviewais, je ferais la couve... Antonio Banderas & Catherine Zeta-Jones OK, pas de problème! Alors, j’ai des questions sérieuses et d’autres complètement débiles… A. B. Ça tombe bien, on a plein de réponses débiles! Je vous ai vu au «Journal» de France 2 hier soir, vous étiez plutôt cool… A. B. Et pourtant, je n’entendais pas la traduction! J’avais une oreillette qui me démangeait comme si j’avais un bourdon dans l’oreille. Je ne comprenais rien aux questions; alors, je répondais au pif!
Je connais ça, j’ai présenté l’équivalent des oscars en France avec un mec qui n’arrêtait pas de me parler dans l’oreillette! C. Z. J. Ah, bien sûr, les césars! Je connais! A. B. Vous savez ce qui m’est arrivé l’année dernière quand j’ai chanté aux oscars? Un vrai cauchemar! Ils m’ont collé un casque sur la tête censé me relier à l’orchestre. Carlos Santana m’accompagnait à la guitare. Soudain, l’orchestre s’est mis à jouer, et, panique totale, je n’entendais pas la musique mais les conversations entre les ingénieurs du son et les cameramen! Ils m’avaient calé sur le retour télé! L’horreur! Avec ma main, j’ai commencé à battre le rythme sur ma cuisse dans l’espoir que le chef d’orchestre se rende compte que j’avais un problème et qu’il puisse me suivre en regardant l’écran. Je ne savais pas si j’étais dans le tempo ni même si je chantais faux. C’est le truc le plus aveugle que j’aie jamais fait de toute ma vie! C. Z. J. Ça me rappelle mon show aux oscars alors que j’étais enceinte de ma fille. Il y avait une chanson originale de Chicago qui avait été nominée, c’était ma seule chance de chanter un jour aux oscars! Alors, comme une idiote, j’ai dit oui. J’étais foutue comme une marmite avec des seins gros comme des bazookas, Queen Latifah était à mes côtés, Bono enchaînait juste après... J’ai failli faire demi-tour...
Bon, là, on n’a pas de problème d’oreillette, on va pouvoir commencer. J’ai vu le film, que j’ai beaucoup aimé. Je regrette seulement de ne pas avoir emmené avec moi mon fils de 5 ans et mes parents de 65 ans. C’est un film très familial. A. B. et C. Z. J. Oui. Bon, ok, merci. Au revoir... A. B. (Rire.) Non, en fait, cette suite est encore plus familiale que le premier Zorro parce que Zorro a maintenant sa propre famille. Le fait qu’il se soit passé autant de temps dans la vie des personnages que dans la nôtre en réalité nous a beaucoup aidés. Stella, ma fille, avait trois mois quand j’ai fait le premier Zorro. J’ai eu le temps de vraiment devenir père en sept ans. Catherine, elle, a fait deux enfants depuis. Inconsciemment, on a forcément transposé ça dans le film. C. Z. J. Quand j’ai rencontré Antonio, il était déjà Banderas alors que j’étais juste l’une des quatre filles qu’on avait embarquées au Mexique pour faire des essais. Par la suite, on s’est beaucoup rapprochés Antonio et moi, mais aussi Melanie (Griffith) et Michael (Douglas).
Entre nous, quand t’es Zorro et qu’à la maison, ton fils te demande de lui monter son jeu Kinder Surprise, tu peux pas lui dire que t’y arrives pas, non? C. Z. J. C’est le problème de Michael! C’est dur d’être le fils de Spartacus! A. B. Mais quand Elena quitte Zorro au début du film, il se montre maladroit devant sa femme, voire un peu couillon. Il n’a rien d’un héros arrogant, il se plante. J’ai essayé de pousser au maximum du côté humain. C’est pour ça que je n’aime pas Batman, qui est un imposteur!
Faire de la comédie est quelque chose de très sérieux. J’ai été étonné de voir à quel point Catherine était douée pour ça. Quand vous dites: «Où sont les toilettes?» pendant la scène d’amour, il y a une vraie rupture, le timing est parfait. C. Z. J. Oh, merci! Vous savez, en tant qu’actrice, la comédie me terrorise, beaucoup plus que le drame... Pourquoi ne tournez-vous pas plus de comédies? C. Z. J. Vous n’avez qu’à m’écrire quelque chose!
Ok, je note! La première fois que vous apparaissez à l’écran, vous êtes entourée de bougies. C’est un truc très féminin, ça. Un mec ne penserait jamais à allumer des bougies quand il prend un bain, par exemple... C. Z. J. Oui, mais c’est parce que ça me va bien au teint! Où que j’aille, je suis entourée de bougies! C’est pour ça que j’ai toujours du feu sur moi. Non, mais sérieusement, à l’époque où est censé se dérouler le film, il n’y avait pas l’électricité, donc... Sinon, moi, je vous rassure, quand je rentre chez moi, j’appuie sur un bouton. Dans le film, le cheval de Zorro s’appelle Tornado. Vous savez que c’est une marque d’aspirateur? A. B. Rire.) Oh merde! Vu la relation amour-haine que j’ai avec mon cheval, ce sera à mon tour de l’humilier la prochaine fois!
D’ailleurs, Tornado ne comprend que l’espagnol dans le film. Pensez-vous que c’est facile pour un animal étranger de percer à Hollywood? Comment ça se passe pour un pingouin, par exemple? A. B. (Rire.) Moi, j’y suis arrivé! C’est plus facile de réussir aux États-Unis que n’importe où ailleurs. Mais Tornado, en fait, ce n’est pas un seul cheval, mais onze. On a engagé un cheval pour courir derrière un train, un autre pour marcher dans la rue, un autre pour juste croiser les pattes, un autre pour picoler, etc. Mais pour vous dire la vérité sur ce dernier, on a essayé de l’amener à se coller au mur comme s’il ne tenait pas debout, mais il n’a jamais voulu! Alors, on a fait l’inverse: on a posé le canasson sur une rampe et on a incliné la rue!
Il y a beaucoup de cascades dans le film mais l’autre jour, je me demandais pourquoi les acteurs ne se font pas doubler aussi pour les scènes d’émotion. Pourquoi on n’engagerait pas des cascadeurs de l’émotion pour jouer la colère, les larmes, ou même le baiser? A. B. (Rire.) Non, surtout pas! Vous savez quoi? Sur le tournage, je laissais le cascadeur se casser trois côtes et deux rotules... Après quoi, il revenait vers moi contrit en me disant: «Vas-y, maintenant, c’est à toi d’embrasser la fille.» [Rire.] (À Antonio.) Vous savez ce que votre nom veut dire en français? A. B. Ah oui! Antoine Drapeaux. Non, en français, «banderas» est un verbe conjugué au futur... A. B. Je ne vois pas. «Banderas» en français, ça veut dire «qui aura une érection». C. Z. J. Vous rigolez? A. B. J’adore! On aurait dû m’en informer avant! C’est pour ça que les gens me regardent bizarrement dans la rue! Mon Dieu, quelle fierté! Donc: «Banderas joue dans un film qui va bander dur»!
En France, quand on reçoit un appel et que le numéro n’apparaît pas, on dit que c’est un appel masqué ou que c’est Zorro au téléphone... A. B. Décidément, le film a plein de significations secrètes pour les Français: l’appel masqué, «bander»... Est-ce que vous avez encore des problèmes à faire des films à Hollywood, vous qui êtes des Européens exilés aux États-Unis? A. B. Catherine est galloise; il y a une vraie tradition d’acteurs britanniques qui partent tenter leur chance aux États-Unis. Moi, c’est différent, il y a la barrière de la langue, l’apparence aussi. Mais c’est drôle parce qu’aux États-Unis, on me propose des rôles beaucoup plus éclectiques qu’en Espagne. J’ai fait des films d’horreur, d’action, d’aventure, des comédies musicales, des films pour enfants, des drames... Je ne peux pas me sentir rejeté ou mal intégré. Je suis arrivé aux États-Unis à une époque où la population latino ne cessait de grandir. Alfonso Cuarón, Luis Mandoki, Jennifer Lopez, Javier Bardem, Benicio Del Toro, Penélope Cruz... Maintenant, on n’est plus un phénomène de mode, on est là pour rester. Il y a 50 millions d’Espagnols aux États-Unis. Vous vous rendez compte que la population hispanique est plus importante aux États-Unis qu’en Espagne?
Catherine, vous pourriez être espagnole, israélienne, mexicaine, italienne... C’est un avantage ou un inconvénient? C. Z. J. Un avantage. Quand Spielberg m’a repérée dans une série anglaise, il pensait que j’étais américaine. Quand je lui ai dit que je venais du pays de Galles, ça ne l’a pas empêché de me donner le rôle d’une Espagnole dans Le Masque de Zorro. Donc, j’estime que c’est un don! Même si, après ce film qui était ma première tentative de mettre un pied sur le marché américain, tout le monde me parlait en espagnol dans la rue! Je viens de tourner en Espagne avec Gérard Depardieu et Valeria Golino... A. B. C’est pas vrai! Valeria est une de mes amies! Je l’adore!
... Et en parlant de Depardieu, c’est là que vous allez voir que je ne suis pas un journaliste professionnel parce que je vais vous offrir un cadeau. (Il sort deux bouteilles de vin.) A. B. et C. Z. J. Oh, c’est le vin de Depardieu! Fantastique, merci! Cette bouteille-là, c’est du vin marocain, parce que je suis né au Maroc, et celle-là est française, juste pour vous montrer qu’il n’existe pas que le bordeaux en France. A. B. J’adore le Maroc. Je suis né à Malaga, et de ma maison, les jours de beaux temps, je pouvais voir l’Atlas. Il n’y a que 122 kilomètres entre Malaga et le Maroc... C. Z. J. Et moi, j’ai tourné Les Mille et une Nuits il y a quinze ans avec Philippe de Broca et Thierry Lhermitte au Maroc. C’est la «Marocco Connection»!
Date de création : 28/08/2007 @ 17:23
Dernière modification : 15/10/2008 @ 11:24
Catégorie : Interview
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